LIFESTYLE

Lettre au Temps

|  Jules  | 

Bordeaux 

31 December 2017

Je ne peux pas parler de mon année sans mentionner ceux qui l’ont partagés avec moi. On le dit tous, cette année je l’ai pas vu passer. Alors est-ce que j’ai vraiment profité de chaque instant ? Ai-je immortalisé les moments précieux ? Ai-je profité des gens que j’aime ? 

12 mois c’est long pour se faire des souvenirs. Et court pour en surmonter d’autres. Plus le Temps passe et moins je m’entoure de gens. Je ne trouve plus d’intérêt à papilloner de relations en relations, il faut croire qu’en grandissant, on comprend… Finalement si quelqu’un m’intéresse, je reste collé à lui. Alors si tu es dans ma vie, c’est que je tiens à toi, et que je ferais toujours des efforts pour venir à toi. 

Mais parfois, et je l’ai compris cette année, on ne choisit pas qui reste et qui part. Et ça n’a rien à voir avec de l’impartialité, ou une quelconque justice. Le Temps n’agit pas selon ces principes. Le Temps, qu’on croit tenir fermement dans nos mains, nous glissent brutalement des doigts, un dimanche soir sur le canapé. 

Rien ne sera plus pareil. Je me souviens avoir regardé en arrière en demandant « Attends, encore un peu, juste le temps de nous y préparer. » Et on a beau prier, quelqu’un d’autre à décidé pour nous. 

 

                                       29 Janvier 2017

Mon amoureux, mon meilleur ami, mon confident, a perdu son papa. Les gens qui l’aimaient ont aussi perdu un mari, un frère, un entraîneur, un ami. J’ai vu l’homme qui partage ma vie perdre un parent, je l’ai vu tomber les deux genoux au sol, le Temps sur ses épaules. On nous l’a enlevé. Pourquoi ? 12 mois n’a pas été assez long pour savoir quelle leçon on a voulu nous enseigner. Celle-là, j’aurais aimé ne jamais avoir à l’apprendre. Promis, on profitera de chaque seconde, s’il te plaît le Temps, laisse nous guérir, laisse nous un peu de répit maintenant.

Et cette année je ne voulais la passer avec personne d’autre que toi et le Temps qu’on nous impartis. Je t’ai attendu 21 ans, et je ne dirais pas bien sagement, parce que c’est faux je ne suis pas une petite fille sage. Mais j’ai attendu de savoir un jour ce que c’était de ne plus douter, de ne plus avoir peur, de ne plus me demander s’il y’avait une date de fin. Je te regarde et je sais, j’en suis sûre, que ma place est à côté de toi, sur toutes ces photos, dans cette année, et toutes celles à venir. Autant de Temps qu’on nous donnera, je le prendrais.

Tu es celui qui a réussi la prouesse de me faire véritablement retomber amoureuse de toi chaque jour de cette année. Tu m’as rendu plus forte et tu m’as fait prendre conscience que s’aimer soi c’est bien, mais être aimé ça donne des ailes.

Cette année tu m’as amené à Fronsac pour mon anniversaire dans une maison d’hôte entourée de vignes, je t’ai vu à nouveau patiner aux Trois Pistes, tu as passé Noêl avec moi, tu as partagé mon quotidien sur le canapé, on a du reporter un voyage à Prague, mais on en a fait un autre à Berlin, on a acheté un lave vaisselle, et on a bu des coups, on a vu un match de Lyon, et on s’est à nouveau pris en photo… Le Temps, s’il te plait, laisse le dans ma vie encore longtemps, j’ai jamais été aussi heureuse auparavant.

Et puis ce sera bête pour certain mais un voeu que je faisais depuis des années pour mes anniversaires et Noël, s’est réalisé. En juillet 2017, on a accueilli un petit chien, Nimbus de l’étang au Miroir, un cocker anglais fauve.  

 

Mine de rien, la concrétisation de ce souhait m’a fait beaucoup grandir. J’ai surmonté cette peur de ne pas être à la hauteur, de rendre quelqu’un d’autre que moi malheureux, de ne pas lui apporter ce qu’il lui faut, d’avoir un chien plein d’ennui, destructeur. J’avais même peur de ne pas arriver à tisser de lien avec lui. De ne pas réussir à l’aimer finalement. Le jour où on est allés le chercher à l’élevage, je me disais que je n’en voulais plus, tellement je ne pensais pas être prête à ce qu’un petit chien dépende de moi. 

Si toi qui lis ces mots, tu considères l’adoption d’un chien, prend conscience que cet être vivra énormement d’années à tes côtés, qu’il sera le même engagement que de faire un enfant, tu devras prendre soin de lui, dépenser de l’argent quand il est malade, vouloir le meilleur pour lui, ne jamais le réduire au rang d’animal qui n’a pas de besoin psychiques. Si tu es violent avec lui, il le sera avec toi et les autres. Si tu veux te séparer de ton chien, n’oublie pas que c’est toi qui l’a élevé, et si tu considères que ton chien est intenable ou trop dur à vivre, ce sera uniquement de ta faute. Et surtout, arme toi de beaucoup de patience, quand il fera pipi sur tous tes tapis, quand il fera caca juste en rentrant de balade. Arme toi de patience et de ce précieux Temps dont je parle, parce que dans cette aventure, il n’a été que bénéfique. Le reste, je sais que ça ne dépend que de moi.

 

Maintenant que le choix est fait, j’avoue ne plus comprendre tous les doutes que j’avais. En vivant ça j’ai appris à me faire confiance à nouveau, à ne plus avoir peur de ma responsabilité, à ne plus être anxieuse vis à vis du futur. Je suis aussi plus patiente et j’ai compris le mot inconditionnel lié à celui de l’amour. C’est quand on aime quelqu’un même quand il mange votre portefeuille Le Tanneur, quand il vous réveille en grattant à la porte, et enfin même quand il grignote votre balcon…

En 2017 j’ai aussi aidé des gens, et je ne savais pas que j’avais ça en moi. Je me suis toujours décrite comme quelqu’un d’égoïste, je le reconnais, je pense d’abord à moi avant les autres, parce que je pense que j’ai assez souffert, pour mériter plus que les autres. J’ai pris conscience que ce n’était pas quelque chose dont je devais être fiere grâce à mon chéri notamment. Et en octobre j’ai décidé d’aider une personne en situation d’handiparentalité à s’occuper de son nouveau-né avec le plus d’autonomie possible. 

Armé de mon fidèle vélo avec un patin de frein en moins, du scotch aux poignées et ses deux roues voilées j’ai commencé à me rendre à Cenon, juste avant mes services au restaurant. Et petit à petit les choses se sont mis en place, j’ai rencontré Juliette, puis sa maman et son papa. Je me suis pris mes a-priori dans la tête, j’ai repoussé mes limites aussi, je suis rentrée crevée, mais j’ai toujours voulu y retourner. L’optique de savoir que j’aide quelqu’un, de voir grandir un bébé dans le plus pure amour et malgré les difficultés, ça redonne franchement foi en l’humanité et en soi. 

 

C’est drôle parce qu’au début j’ai cru que j’aidais des gens, et au final on se rend compte des bénéfices après, quand on se sent mieux, alors qu’on pensait pas se sentir mal, mais c’est là, et on se dit, mince en fait c’est eux qui m’aident. J’ai compris plein de choses sur moi, qui m’ont soulagés, j’ai un peu guéri une vieille blessure et surtout j’ai rencontré des amis.

Cette année je l’ai aussi passé en famille, mais ça je le savais déjà avant cette année, que ce Temps là est un des plus précieux.

 

J’ai dit aurevoir pour 4 mois à mon frère, parti finir son master en Guyane. J’ai passsé du temps avec ma soeur, avec mes parents, on a dansé, on a ri, on a pleuré, tous ensemble…

Puis ma grand-mère est venu à Bordeaux toute seule pour rencontrer pour la première fois mon amoureux, notre petit chien, et notre appartement. A la fin de l’année on est même allé lui rendre visite à Paris, alors c’est sur, le chéri est adopté ! Raclette, tarot, bières et quelques chocolats, tout était là. 

On dit qu’on ne choisit pas sa famille mais ses amis oui, mais si j’avais du choisir, 100 fois j’aurais pris cette mamie pour me voir grandir. 

 

Puis cette année 2017, je me suis aussi ouvert le menton, le chéri s’est fait une entorse, Nimbus a eut son premier vaccin, j’ai fait de la pâtisserie, j’ai fait un peu de déco, j’ai acheté un fauteuil jaune, des plaids, des coussins, des crèmes et du maquillage, cette année on a été à Valence, on s’est fait beau, on a utilisé tous les filtres Snapchat, on a fait des soirées, on a trop bu parfois, on a fait des selfies, trop de selfies, on a tous fêté encore une fois notre anniversaire, un de plus, j’ai vu des courses de roller, j’ai vu des chutes, des déceptions, j’ai vu St-Emilion puis Melun, en passant par Berlin…

Cette année j’ai aimé, parce que j’ai compris que tout venait de là, j’ai aimé pour ne rien regretter, j’ai aimé avant de perdre, j’ai aimé même après avoir perdu. Et en 2018, je continuerai.

Commentaires